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Sacred Reich, l’autre visage des USA

Au cours de l’année 1987, Sacred Reich a véritablement explosé grâce à son premier album, "Ignorance". Le groupe s’est aussitôt vu sacrer meilleur espoir de la scène thrash. Abordant des sujets propres aux groupes punk-hardcore (vie sociale, politique…), Sacred Reich fait passer son message sur fond de sons distordus et de rythmiques speedées. Rencontre avec Greg Hall (batterie) et Phil Rind (basse et chant).

D’où vient le nom du groupe ? Avez-vous une fascination particulière pour la seconde guerre mondiale et le nazisme ?
Greg : Pas du tout ! C’est juste un nom qui nous a été suggéré par l’un de nos amis. Ce dernier connaissait un type qui faisait partie d’un gang de rue qui s’appelait Sacred Reich et nous avons repris ce nom.
Phil : Ce nom est à l’image de notre style de musique : agressif. Nous ne sommes absolument pas des nostalgiques du nazisme, nous détestons les racistes et tout ce qui peut s’y apparenter. Il n’y a pas de différences entre les personnes, quel que soit leur nationalité et leurs origines. Il est regrettable que l’on puisse associer notre nom au nazisme, nous sommes contre cela et nos textes reflètent ce point de vue.

Justement, peux-tu nous parler des textes du groupe ?
P : Nos textes abordent des sujets politiques ou sociaux. Nous essayons d’être sincères dans la façon de traiter ces sujets. Certaines de nos paroles sont le reflet d’une vision tantôt négative, tantôt positive.

Pourrait-on dire que vos textes contiennent des messages destinés à vos fans ?
P : Nous ne cherchons pas à dicter une conduite précise à nos auditeurs. C’est à toi de décider de ce que tu veux faire. Nous ne faisons qu’exprimer nos opinions personnelles à travers nos textes et nous espérons que cela fera réfléchir l’auditeur qui écoute une de nos chansons. Nous ne disons pas des trucs du style : "Sort de chez toi et change le monde" ou "Ne cherche pas à changer ce monde". Le monde est pourri mais, ce que l’on veut, c’est essayer de le rendre un peu meilleur.

Pouvez-vous nous parler de votre Ep "Surf Nicaragua" ?
P : Ce titre parle de l’intervention des Etats-Unis dans ce pays et des conséquences que cela entraîne. C’est une chanson vraiment politique et nous critiquons cette guerre secrète que mène le gouvernement contre des soit-disant communistes.

Quelle est votre opinion sur l’action du gouvernement américain en général ?
P : Je n’aime pas beaucoup parler de politique mis à part dans mes paroles car je pense que c’est un sacré bordel. Je ne suis pas un politicien, je suis un musicien avant tout...
G : Nous avons besoin de Georges Bush mais, lors des élections, nous n’avons pas vraiment le choix. Il n’y a seulement que deux hommes qui sont candidats à la présidence. C’est vraiment une honte de ne pouvoir élire que seulement deux types. Ce n’est pas très démocratique car les gens n’ont pas suffisamment de choix.
P : Les candidats disent une chose et en font une autre. S’ils veulent vraiment faire évoluer les choses, qu’ils le fassent et qu’ils arrêtent de mentir à tout le monde. A l’heure actuelle, le gouvernement américain ne cherche pas vraiment à empêcher le trafic de drogues, la course à l’armement, la destruction de notre monnaie… La CIA ne veut pas éradiquer le trafic de drogues car il y a trop d’intérêts en jeux. Le gouvernement n’est qu’un ramassis de menteurs qui cherchent à se faire de l’argent sur le dos des autres.

Pouvez-vous nous parler de votre nouvel album, "The American Way", qui devrait sortir l'année prochaine ?
P : Il est assez différent de nos précédentes réalisations notamment avec des titres comme "Crimes Against Humanity", "I Don’t Know", "State Of Emergency" ou "The American Way". Le titre de cet album et ce morceau évoque la vision qu’ont certaines personnes des Etats-Unis. Beaucoup voient les USA comme le pays de la prospérité, de l’opportunité, de l’espoir alors que c’est faux. C’est l’un des pays les plus puritains qui existent au monde et, d’un autre côté, tu vois les prêtres qui vont voir des prostitués, cela n’a aucun sens. Mais, nous ne voulons pas changer les gens. Nous voulons simplement ouvrir les yeux à certains pour qu’ils prennent conscience de la réalité aux Etats-Unis.

Pensez-vous que votre musique puisse être accessible à un public plus large que celui du thrash metal ?
P : Oui, nous le pensons. Si des groupes comme Slayer vendent 200 000 exemplaires de "Reign In Blood" sans se compromettre, cela prouve que beaucoup de fans de heavy metal se mettent finalement à aimer le thrash metal. Cela a des répercussions positives sur les ventes de disque et le public qui est plus réceptif. Aujourd’hui, le genre est beaucoup plus « acceptable » qu’il y a 5 ou 6 ans. En ce moment, il n’est pas incongru de voir des groupes thrash signer sur des majors ou poser à la une de magazines spécialisés. Des groupes comme Slayer, Megadeth ou Metallica sont propulsés dans les charts et il n’est pas exclu qu’un jour nous signions sur une major à notre tour. Cela demandera beaucoup de travail mais nous voulons donner le meilleur de nous-mêmes.

Propos recueillis par Laurent Gilot
Mai 1989

Sacred Reich "The American Way" (Roadrunner)
Sortie prévue en 1990

www.myspace.com/sacredreich

Sacred Reich :: The American Way :: Video-clip

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